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    Retraite

    Publié le · Mis à jour le · 5 min de lecture

    Pour un salarié, la retraite est un sujet de fin de carrière. Pour un dirigeant, c'est un sujet de milieu de carrière, parce que les régimes obligatoires ne remplaceront qu'une fraction de ses revenus, et parce que ses vrais leviers demandent du temps. Cinq à dix ans d'anticipation changent radicalement le niveau de vie à la retraite.

    Le décrochage silencieux des régimes obligatoires

    Selon le statut, travailleur non salarié ou président assimilé salarié, les cotisations et les droits acquis diffèrent fortement. Dans les deux cas, le constat est le même : au-delà d'un certain niveau de rémunération, le taux de remplacement s'effondre. Un dirigeant qui a optimisé sa rémunération pour réduire ses cotisations a souvent, sans le mesurer, réduit ses droits futurs dans la même proportion.

    Premier réflexe : faire établir un audit retraite complet, avec vérification des relevés (les erreurs sont fréquentes) et projection chiffrée des pensions à différents âges de départ. L'âge légal dépend lui-même de l'année de naissance, de 62 ans pour les personnes nées de 1958 à 1960 à 64 ans pour celles nées à partir de 1969, et le taux plein est acquis à 67 ans quel que soit le nombre de trimestres.

    Le statut décide avant les produits

    Gérant majoritaire de SARL ou président de SAS : le choix détermine le régime de retraite, le niveau de cotisation et le coût de chaque euro de droit acquis. Les cotisations comme les prestations varient avec ce statut, travailleur non salarié ou assimilé salarié, et se comparent poste par poste.

    Aucun des deux n'est supérieur dans l'absolu. Ce qui tranche, c'est l'écart entre le coût de la cotisation obligatoire et le coût d'une capitalisation privée produisant le même revenu futur. Ce calcul se refait à chaque changement significatif de rémunération, et il s'articule avec l'arbitrage entre salaire et dividendes : voir nos arbitrages de rémunération du dirigeant.

    « Mon entreprise, c'est ma retraite » : vrai levier, faux confort

    Beaucoup de dirigeants comptent sur la cession de leur entreprise pour financer leur retraite. Le levier est réel, mais il concentre tous les risques sur un seul actif, dont la valeur au moment voulu n'est jamais garantie : conjoncture, dépendance au dirigeant, évolution du secteur. Une stratégie de retraite robuste consiste à construire, pendant la vie de l'entreprise, un patrimoine qui n'en dépend pas : c'est la fonction de la capitalisation régulière hors bilan professionnel, au cœur de notre accompagnement sur la préparation de la retraite du dirigeant.

    Les leviers à combiner

    • Le PER individuel : les versements effectués avant 70 ans sont déductibles du revenu imposable dans la limite des plafonds. Pour un dirigeant fortement imposé, l'effet de levier fiscal à l'entrée est significatif, à condition d'accepter le blocage jusqu'à la retraite (hors cas de déblocage anticipé) et d'anticiper la fiscalité à la sortie.
    • L'immobilier locatif : des revenus récurrents indexés, un capital constitué à crédit pendant les années d'activité. La structure de détention (nom propre, SCI, démembrement) doit être choisie en fonction de l'objectif retraite et de la transmission.
    • L'assurance-vie et le compte-titres : la poche de liberté, disponible, transmissible, sans contrainte d'âge.
    • La trésorerie d'entreprise excédentaire : capitalisée dans un cadre adapté (contrat de capitalisation, holding patrimoniale), elle prépare la retraite sans passer par la case rémunération.

    Votre plafond est écrit sur votre avis d'imposition

    La première question posée sur le PER est presque toujours « combien puis-je verser ? ». La réponse ne se cherche pas : elle est imprimée sur votre avis d'imposition, à la rubrique « plafond épargne retraite ». Le montant y figure pour vous, pour votre conjoint, et pour les années antérieures non utilisées.

    Cette mécanique de report est le point le plus mal exploité du dispositif. Les plafonds non consommés restent disponibles trois ans pour ceux de 2024 et de 2025, cinq ans à partir de celui de 2026. Chaque versement s'impute d'abord sur le plafond de l'année, puis sur ces reliquats, du plus ancien au plus récent. Un dirigeant qui n'a jamais versé dispose donc, la première année, d'une capacité très supérieure à son plafond annuel. C'est ce qui rend un versement de rattrapage pertinent l'année d'un revenu exceptionnel.

    Des règles particulières s'appliquent par ailleurs aux travailleurs non salariés, qui ne se résument pas au plafond imprimé sur l'avis. Le calcul se fait sur votre situation, avec votre expert-comptable, avant le versement et non après.

    La sortie du PER : une question qui se pose à l'entrée

    Le PER se déduit à l'entrée et s'impose à la sortie. C'est un décalage, pas une disparition. L'opération n'a d'intérêt que si le taux marginal d'imposition à la sortie est inférieur à celui de l'entrée, ce qui est fréquent pour un dirigeant fortement rémunéré, mais n'a rien d'automatique.

    Le choix entre rente et capital ne se tranche pas davantage au moment du départ. Une sortie en capital sur une seule année peut faire remonter le taux marginal et annuler une partie du gain obtenu à l'entrée. Un fractionnement sur plusieurs exercices le neutralise en partie. La fiscalité applicable diffère par ailleurs selon que les versements ont été déduits ou non.

    Conclusion pratique : un PER se dimensionne à partir du revenu attendu à la retraite, pas à partir du gain fiscal immédiat. Verser au maximum parce que la déduction est disponible est une erreur de méthode courante.

    Le relevé de carrière : l'audit qui rapporte le plus vite

    Un dirigeant a rarement une carrière linéaire. Salarié, puis travailleur non salarié, parfois les deux la même année, avec des périodes à l'étranger ou des années de création à faible revenu. Chaque changement de statut est un point de jonction entre régimes, et chaque jonction est un endroit où une information se perd.

    Les anomalies les plus fréquentes sont connues : trimestres non reportés sur une année de création, revenus mal transmis d'un régime à un autre, périodes de chômage ou de maladie non validées, activité étrangère absente du relevé. Elles se corrigent sur pièces, à condition de disposer des pièces.

    C'est pourquoi la vérification se fait tôt, pas à la veille du départ. Retrouver un bulletin de salaire de 1994 est possible à 50 ans. C'est une autre affaire à 63 ans, quand l'employeur a disparu.

    Cas pratique

    Illustration, pas un dossier client

    Cas pratique

    Dirigeant de SAS, 52 ans, rémunération 150 K€, aucun dispositif retraite hors régimes obligatoires. Audit retraite : pension projetée à 64 ans, son âge légal puisqu'il est né après 1969, d'environ 3 200 €/mois, soit un taux de remplacement d'environ 26 %. Stratégie : PER alimenté à hauteur du plafond déductible, trésorerie excédentaire capitalisée via un contrat de capitalisation dans la holding, acquisition d'un actif locatif financé à crédit sur 15 ans. Projection à 64 ans : des revenus complémentaires s'ajoutant à la pension, dont une part indexée. Le point décisif n'est pas le choix des produits : c'est d'avoir commencé douze ans avant l'échéance.

    Commencer par un chiffre, pas par un produit

    La bonne question n'est pas « quel placement retraite choisir ? » mais « de quel revenu aurai-je besoin, et que couvrent déjà mes droits ? ». La différence entre les deux définit l'effort d'épargne et les véhicules adaptés. C'est un calcul, pas une intuition.

    Questions

    Questions fréquentes

    À quel âge un dirigeant doit-il commencer à préparer sa retraite ?

    Idéalement avant 45 ans. C'est l'horizon qui permet de lisser l'effort d'épargne, d'utiliser le crédit et de laisser la capitalisation produire ses effets.

    Le PER est-il intéressant pour un dirigeant ?

    Oui lorsque le taux marginal d'imposition est élevé : la déduction à l'entrée procure un levier immédiat. Il doit rester un outil parmi d'autres, car les fonds sont indisponibles jusqu'à la retraite hors cas prévus par la loi.

    Vendre son entreprise ne suffit-il pas ?

    C'est un levier majeur mais aléatoire : valorisation incertaine, fiscalité de cession, calendrier subi. La cession doit compléter une retraite déjà structurée, pas la constituer à elle seule.

    Que vérifier sur ses relevés de carrière ?

    Trimestres manquants, revenus mal reportés, périodes de statuts multiples (salarié puis TNS). Les erreurs sont fréquentes chez les dirigeants au parcours mixte et se corrigent d'autant mieux qu'elles sont détectées tôt.

    Où trouver mon plafond de versement PER ?

    Sur votre avis d'imposition, à la rubrique « plafond épargne retraite ». Y figurent votre plafond de l'année, celui de votre conjoint, et les plafonds des années antérieures non utilisées, qui restent mobilisables trois à cinq ans selon l'année.

    Faut-il verser le maximum déductible sur un PER ?

    Non. Le PER décale l'imposition, il ne la supprime pas. Le versement se dimensionne à partir du revenu attendu à la retraite et de l'écart entre le taux marginal d'entrée et celui de sortie, pas à partir du plafond disponible.

    Vaut-il mieux sortir en rente ou en capital ?

    Cela dépend du besoin de revenu et du taux marginal au moment de la sortie. Une sortie en capital concentrée sur une seule année peut faire remonter le taux marginal et annuler une part du gain obtenu à l'entrée. Un fractionnement sur plusieurs exercices limite cet effet.

    Le statut de gérant majoritaire pénalise-t-il la retraite ?

    Pas nécessairement. Ses cotisations et ses droits diffèrent de ceux de l'assimilé salarié, sans être moins avantageux pour autant. Ce qui tranche est l'écart entre le coût de la cotisation obligatoire et celui d'une capitalisation privée produisant le même revenu futur.

    Guide technique du dirigeant

    Méthode, arbitrages et erreurs fréquentes en matière de structuration patrimoniale.

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    Ces informations sont générales et ne constituent pas un conseil personnalisé. Chaque situation patrimoniale appelle une analyse propre. Les chiffres et dispositifs cités sont en vigueur à la date de publication et sont susceptibles d'évoluer.

    Johann Legallo, dirigeant de Pavillon Bleu, souriant à son bureau

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