Pour un dirigeant qui vend son entreprise, la plus-value supporte en 2026 le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), auquel s'ajoutent, pour les revenus élevés, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus de 3 % à 4 % et, le cas échéant, la contribution différentielle, qui garantit une imposition minimale de 20 % hors prélèvements sociaux. Sur une cession à 5 M€, l'écart entre une opération préparée et une opération subie se chiffre en centaines de milliers d'euros. L'apport-cession, encadré par l'article 150-0 B ter du CGI, est le principal outil d'anticipation. Il obéit à des règles précises.
Le mécanisme en deux temps
Premier temps : avant la cession, le dirigeant apporte ses titres à une holding qu'il contrôle. La plus-value constatée lors de cet apport n'est pas imposée immédiatement : elle est placée en report d'imposition. Second temps : la holding vend les titres à l'acquéreur. Si la cession intervient plus de trois ans après l'apport, la holding dispose librement du produit de cession. Si elle intervient avant trois ans, le report n'est maintenu qu'à une condition : réinvestir au moins 70 % du produit de cession, dans un délai de trois ans, dans une activité économique éligible, et conserver ces investissements au moins cinq ans. Ces règles s'appliquent aux cessions réalisées depuis le 21 février 2026. Elles remplacent l'ancien régime (60 % en deux ans, conservation d'un an).
Ce que « réinvestissement économique » veut dire
Sont éligibles : le financement d'une activité opérationnelle en direct, l'acquisition du contrôle d'une société opérationnelle, la souscription au capital de sociétés opérationnelles, ou la souscription dans certains fonds et sociétés de capital-investissement (FCPR, FPCI, sociétés de libre partenariat, sociétés de capital-risque) sous conditions. Ne sont pas éligibles : l'immobilier de jouissance ou de pur placement locatif, les portefeuilles de valeurs mobilières, les liquidités. Le non-respect de l'obligation, montant, délai, nature du réinvestissement ou durée de conservation, entraîne la fin du report et l'imposition de la plus-value d'origine, avec l'intérêt de retard décompté depuis la date de l'apport.
Le report n'est pas une exonération : quand il tombe
Le report n'efface pas l'impôt, il le suspend. Trois familles d'événements y mettent fin et rendent la plus-value d'origine immédiatement exigible.
La cession, le rachat ou l'annulation des titres de la holding reçus en rémunération de l'apport. C'est l'hypothèse la plus directe : vendre la holding, c'est solder le report.
Le manquement à l'obligation de remploi, lorsque la holding a cédé les titres apportés dans les trois ans. Le montant, le délai, la nature du réinvestissement et la conservation pendant cinq ans des actifs acquis sont des conditions cumulatives : en manquer une suffit.
Le transfert du domicile fiscal hors de France, qui déclenche des mécanismes propres dont l'articulation avec l'exit tax doit être examinée avant tout projet d'expatriation. Un dirigeant qui envisage de s'installer à l'étranger après sa cession doit traiter ce point avant l'apport, jamais après.
La donation des titres : la sortie qui efface
Il existe une voie par laquelle la plus-value en report disparaît définitivement plutôt que d'être seulement différée : la donation des titres de la holding.
Le principe est le suivant. Lorsque les titres reçus en rémunération de l'apport sont donnés, le donateur est définitivement exonéré de la plus-value en report. Si le donataire contrôle la société, le report lui est transféré : il s'éteint si le donataire conserve les titres six ans, onze ans lorsque le produit de cession a été remployé en parts de fonds. Ces durées s'appliquent lorsque les titres apportés sont cédés depuis le 21 février 2026.
C'est ce qui fait de l'apport-cession un outil de transmission autant que de fiscalité. Un dirigeant qui sait qu'une part de son patrimoine ira aux enfants a intérêt à raisonner sur les deux tableaux dès la conception du montage, plutôt qu'à traiter la transmission après coup.
Le calendrier : ce qui rend un apport contestable
L'apport doit précéder la cession, et cette antériorité doit être réelle, pas seulement chronologique. Un apport réalisé alors que le prix est arrêté, le protocole négocié et l'acquéreur identifié n'a plus de substance économique propre : il n'a d'autre effet que fiscal, ce qui l'expose à une remise en cause.
En pratique, deux repères. L'apport se prépare quand la cession est une intention, pas quand elle est un calendrier. Et la holding doit avoir une existence réelle : des statuts adaptés, une gouvernance, un projet d'emploi des fonds documenté avant l'opération, pas reconstitué après.
Trois semaines avant la signature, il est en général trop tard pour monter l'opération dans de bonnes conditions. Le gain fiscal ne vaut pas le risque de redressement.
Choisir ses supports de réinvestissement
Quand l'obligation de remploi s'applique, le choix des supports engage pour plusieurs années et mérite autant d'attention que le montage lui-même.
Le réinvestissement direct dans une société opérationnelle, en création, en croissance ou en reprise, est le plus proche de l'esprit du texte. Il suppose un projet réel et une capacité à s'impliquer. C'est aussi le plus risqué en capital.
La souscription dans des fonds éligibles apporte de la diversification et décharge de la sélection, au prix de frais de gestion et d'une immobilisation longue. Deux points doivent être vérifiés avant de signer : l'éligibilité du fonds au dispositif, qui ne se présume pas, et sa durée de blocage, souvent supérieure à ce que le dirigeant anticipe.
Dans les deux cas, la contrainte de délai commande. Un remploi précipité en fin de période, sur un support choisi par défaut, est une erreur fréquente et coûteuse.
Les arbitrages qui précèdent l'opération
L'apport-cession n'est pas systématiquement la bonne réponse. Trois questions structurent la décision. Quelle part du produit voulez-vous consommer à titre personnel ? Les sommes logées en holding ne sont pas dans votre patrimoine personnel : les appréhender déclenche une fiscalité. L'apport-cession sert un projet de réinvestissement et de capitalisation, pas un projet de train de vie. Une donation avant cession est-elle pertinente ? Donner des titres avant la vente purge définitivement la plus-value sur les titres donnés, un levier souvent plus efficace que le report pour la part destinée aux enfants. Votre calendrier est-il compatible ? L'apport doit être réalisé avant que la cession ne soit trop engagée : une opération montée dans la précipitation, alors que la vente est quasi conclue, prête le flanc à la contestation. Ces arbitrages relèvent de la structuration du patrimoine.
Ce que l'opération coûte
Le coût doit être dit avant le gain. Un apport-cession mobilise le plus souvent un commissaire aux apports pour la valorisation, un avocat ou un notaire pour la rédaction, un expert-comptable pour le suivi de la holding. S'y ajoutent les frais de fonctionnement permanents de la structure : comptabilité, dépôt des comptes, éventuelle rémunération de mandataire.
Rapporté à l'enjeu fiscal d'une cession à plusieurs millions, ce coût reste marginal. Sur une cession de quelques centaines de milliers d'euros, l'arbitrage n'est plus évident, et la réponse honnête est parfois de ne rien monter du tout.
Cas pratique
Illustration, pas un dossier client
Cas pratique
Une opération d'orfèvrerie, pas un réflexe
Apport partiel ou total, valorisation de l'apport, rédaction des statuts de la holding, calendrier vis-à-vis de l'acquéreur, articulation avec une donation, choix des supports de réinvestissement : chaque paramètre modifie le résultat économique final. L'apport-cession réussi est celui qui s'insère dans un projet patrimonial global, revenus post-cession, retraite, transmission, défini avant la signature de la moindre lettre d'intention.
Lorsque la transmission familiale fait partie du projet, l'articulation avec les engagements de conservation se vérifie en même temps que le montage : voir notre analyse du pacte Dutreil et de la transmission d'entreprise.
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